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jeudi 24 juillet 2008


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Impact des allergies sur la grossesse (et réciproquement).

Les manifestations allergiques de type respiratoire (rhinites ou asthme) n'ont pas de retentissement sur le bon déroulement de la grossesse. Mais il est indispensable, dans le cas d'une mère asthmatique, que son asthme soit parfaitement contrôlé, voire le traitement réévalué. Car un asthme instable peut avoir un impact défavorable.

L'évolution des allergies et de l'asthme pendant une grossesse est très variable (aggravation ou amélioration) d'une patiente à l'autre, voire même lors de grossesses successives chez une même femme.

Cependant, à titre d'exemple, dans la majorité des cas, les allergies aux Pollens sont assez nettement atténuées si la patiente est enceinte pendant la période pollinique ; mais uniquement en cas de "pollinose simple" sans asthme associé. Pour les autres allergies, c'est très variable.

Par contre, les allergies alimentaires de la mère ne sont pas modifiées pendant la grossesse. Elles ne disparaissent pas. La maman doit donc soigneusement éviter les aliments auxquels elle est allergique pour ne pas s'exposer au risque de choc anaphylactique.

Manifestations non allergiques au cours de la grossesse, mais y ressemblant.

Pendant la grossesse, certaines rhinites non allergiques mais spécifiques à la grossesse peuvent apparaître. Leur origine n'est pas connue (facteurs hormonaux ?). Elles disparaissent souvent après (plusieurs mois après) l'accouchement. Parfois, elles persistent et deviennent alors désespérement chroniques.

Il existe un autre phénomène un peu voisin, d'origine inconnue, qui se traduit par un eczéma très prurigineux, généralisé ou localisé, appelé à tort "herpes gestationis", survenant dans le troisième trimestre de la grossesse. Cet eczéma n'a rien à voir avec l'herpès, n'est ni infectieux, ni contagieux, ni allergique ; il disparaît toujours après l'accouchement.

Les prurits (ou démangeaisons) intenses de fin de grossesse, sans lésions cutanées, sont dus à des facteurs hormonaux et ne sont pas d'origine allergique.

Traitement des allergies pendant la grossesse.

C'est toujours un sujet d'inquiétude et il traîne encore beaucoup de fausses croyances dans ce domaine. La grossesse dure NEUF MOIS et la mère va inévitablement avoir besoin de se soigner.

D'une façon générale, il n'y a qu'un très petit nombre de médicaments qui sont totalements interdits pendant une grossesse ; ils sont bien connus des gynécologues - obstétriciens.

En ce qui concerne les traitements anti-allergiques et anti-asthmatiques, il n'y a vraiment pas de problème, bien que toutes les notices de médicaments mentionnent une réserve pour le 1° trimestre de la grossesse. En pratique, ce dont nous sommes sûrs avec le recul des années et le nombre de prescriptions :

- les antihistaminiques :

A noter que, dans bien des cas, la patiente allergique se rend compte de sa grossesse alors qu'elle est sous traitement antihistaminique (pour une allergie chronique par exemple) et que dans ce cas, il n'y a jamais eu de problème.

La Cétirizine (Zyrtec ou Virlix) vient d'avoir l'AMM pendant la grossesse ; elle est utilisée y compris en début de grossesse sans qu'on n'ait relevé d'incident. La Loratadine (Clarityne) ainsi que la Métiquazine (Primalan) sont largement utilisés depuis très longtemps sans qu'on ait signalé un quelconque incident. Idem pour l'Hydrxyzine (Atarax).

Par contre, il est préférable de ne pas utiliser certains anti-histaminiques plus récents (Fexofénadine ou Telfast, Mizolastine ou Mizollen, Azélastine ou Allergodil).

Egalement ne pas utiliser de produits contenant des vasoconstricteurs de type Actifed, ou en gouttes nasales, car nocifs pour les vaisseaux du placenta.

- les anti-asthmatiques

Il n'est pas question d'arrêter le traitement anti-asthmatique, bien au contraire !!!

L'asthme doit être très bien contrôlé, dès le début de la grossesse. Le traitement anti-asthmatique doit également être impérativement continué si la mère souhaite allaiter son enfant car l'allaitement peut deséquilibrer certains asthmes. Ce point est à évaluer entre la mère et les différents intervenants soignants (obstétricien, pneumologue et/ou allergologue, pédiatre).

Les corticoïdes inhalés et les bronchodilatateurs actuellement utilisés (Ventoline, Bricanyl, Serevent, Foradil) ne posent pas de problèmes. Le Salbutamol ou Ventoline est d'ailleurs utilisé à fortes doses dans certains cas lors de contractions prématurées.

Il existe cependant une réserve pour les Théophyllines (Theostat, Trentadil, Eupylline...) qui sont de toutes façons peu utilisés actuellement : elles ne sont pas contre-indiquées pendant la grossesse, sauf pendant le dernier mois où elles doivent être arrêtées en raison du risque possible de convulsion du nouveau-né à la naissance.

- l'adrénaline

Elle doit être évitée absolument. Les mamans ayant une allergie alimentaire doivent faire très attention à respecter scrupuleusement une éviction totale de l'allergène. En effet, aussi bien le choc anaphylactique (par la brusque chute de tension artérielle qu'il entraîne) que l'adrénaline utilisée pour son traitement (vasocontriction) sont dangereux et nocifs pour la vascularité du placenta et du foetus.

- les tests cutanés

D'une façon générale, il est préférable de ne pas pratiquer de tests cutanés d'allergie pendant la grossesse. D'une part parce que les réactions sont souvent modifiées (négativées) et d'autre part par mesure de prudence pour éviter tout risque de réaction allergique importante.

- la désensibilisation

Pour les mêmes raisons que celles évoquées pour les tests cutanés, il est déconseillé de commencer une désensibilisation pendant une grossesse.

Par contre, il n'y a aucune raison d'interrompre une désensibilisation bien tolérée, arrivée au stade des injections d'entretien (à doses stables et fixes). Et ce, quelque soit l'allergène utilisé, et bien entendu en l'absence de problème intercurrent lié à la grossesse ou à une autre pathologie qui pourrait alors nécessiter son arrêt. Car, en cas d'arrêt, il faudra alors tout recommencer depuis le début...

Petit rappel de génétique

Le terrain allergique est transmis génétiquement, comme les traits de ressemblance avec les parents. On évalue le risque de transmission génétique de chaque enfant à naître de la manière suivante :

- 30% si l'un des parents est allergique (père ou mère) ;
- 60% à 70% si les deux parents sont allergiques.

Ce n'est donc pas parce que la maman a des allergies ou de l'asthme au moment de sa grossesse que l'enfant sera plus ou moins allergique.

De plus, l'allergie développée par l'enfant ne va pas être obligatoirement la même que celle de ses parents.

Régime d'éviction chez la maman : systématique ou pas ?

Il n'existe pas, dans les milieux médicaux spécialisés dans ce domaine, de consensus ni international ni même national.

Cela tient à de multiples raisons que je vais évoquer rapidement en citant les 3 principales, mais déterminantes :
- la méthodologie, c'est-à-dire la façon de recueillir et d'analyser les observations : elle doit être très rigoureuse, admise par tous et clairement indiquée dans les publications (de façon à avoir des études comparables), ce qui n'est pas toujours le cas.
- la durée et le nombre : il faut pouvoir observer l'évolution des enfants sur au moins 10 à 20 ans - voire même sur plusieurs générations - sur des échantillons importants ; il faut des "groupes témoins", c'est-à-dire sans antécédents familiaux d'allergie alimentaire...
- l'explosion des allergies alimentaires est récente. Nous n'avons donc pas assez de recul. Et si nous avons quelques éléments d'explication de ce phénomène, il nous manque une explication complète et cohérente.

Alors que sait-on pour l'instant ?

Le foetus peut se sensibiliser (développer des anticorps) aux aliments ingérés par sa mère très tôt in utero (c'est-à-dire dans le ventre de sa mère), dès la fin du premier trimestre de grossesse (ex : farine de moutarde, oeuf) ...mais aussi au cours de l'allaitement via le lait maternel.

L'allaitement maternel est toujours souhaitable et semble diminuer ou retarder de façon significative l'apparition d'allergies ou de l'asthme. Il est l'aliment le plus adapté au nourrisson tant sur le plan pratique que physiologique ou nutritionnel. Cependant l'allaitement présente des contraintes et doit être librement choisi par la mère. Celle-ci ne doit pas culpabiliser si elle ne veut pas ou ne peut pas allaiter.

En l'absence d'allergie alimentaire chez les parents ou un enfant déjà né, il n'y a pas lieu pour la maman de suivre un régime d'éviction systématique pendant la grossesse ou pendant l'allaitement.

Dans le cas d'une allergie alimentaire présente chez un des 2 parents (père et mère), ou apparue très tôt chez un frère ou une soeur déjà né(e), il est tout-à-fait souhaitable et légitime que la maman suive un régime d'éviction de l'allergène en cause (arachide, oeuf, protéines de lait de vache, poisson, fruits exotiques ou fruits rouges). Ce régime d'éviction doit se poursuivre après la grossesse pendant toute la durée de l'allaitement.

Un régime d'éviction de tous ces aliments à la fois peut être source de déséquilibre ou de carence alimentaire chez la maman. Il doit donc être apprécié au cas par cas, avec l'allergologue et le pédiatre.

 

Signification des termes utilisés

Le mot "atopie" vient du grec "étrange" et le mot allergique" signifie "réagir autrement".

Le terme "atopie" ou "terrain atopique" recouvre un ensemble de symptômes tels qu'eczéma, rhinite, conjonctivite, asthme, urticaire, dermographisme, qui vont se succéder ou alterner au cours de la vie du patient dit "atopique". Dans la définition de l'atopie, on ne préjuge pas de la cause de ces symptômes, c'est-à-dire que l'allergie n'est qu'une des causes possibles ou associées. Ce terrain atopique est transmis de façon héréditaire, mais peut s'exprimer à des âges différents de l'individu et de façon différente de celui des parents.

Le terme "allergie" désigne essentiellement les manifestations dans lesquelles on peut mettre en évidence la responsabilité d'un allergène (respiratoire tel qu'acarien, pollen, poil d'animaux ... ou alimentaire) de façon certaine, par des tests cutanés ou par le dosage des IgE spécifiques, ou encore par des test dits de provocation.

La capacité à fabriquer des IgE est également transmise héréditairement. Mais la médecine est encore bien loin d'avoir tout découvert sur ce chapitre (1).

Lien entre eczéma atopique et allergie (alimentaire ou respiratoire)

On ne connaît pas la ou les causes profondes de l'eczéma atopique ou, pour utiliser un meilleur terme, de la dermatite atopique. Ce que l'on sait est le résultat de données statistiques :

- 15% à 40% des Dermatites Atopiques sont liées à une allergie alimentaire révélée par des tests cutanés positifs ou la présence d'IgE spécifiques (les plus fréquentes étant : protéines du lait, oeuf, farine de blé, arachide, poisson, soja). Mais cela ne signifie pas que cette allergie soit à elle seule responsable de l'eczéma.

- les nourrissons qui ont eu une dermatite atopique ont 2 fois plus de risque que les nourrissons non atopiques d'avoir de l'asthme (allergique ou non) vers l'âge de 7-8 ans. Ce risque est considérablement augmenté (60% à 80%) si cette dermatite atopique était d'origine allergique (notamment à l'oeuf), même si cette allergie a disparu en grandissant.

En présence d'une suspicion d'allergie alimentaire (via les tests cutanés (2) ou le dosage d'IgE spécifique), il est préférable de confirmer la responsabilité de l'aliment incriminé avant de mettre en oeuvre une éviction de longue durée parfois très difficile à réaliser ou coûteuse. Cela se fait par l'épreuve d'éviction - réintroduction :

- on supprime totalement l'aliment suspecté (attention au beurre en cas d'allergie aux protéines du lait), un seul à la fois sur une période courte n'excédant pas 3 à 4 semaines.
- l'amélioration doit être rapide et franche
- éventuellement, on réintroduit l'aliment, ce qui doit provoquer une rechute tout aussi rapide.

[NDLR : n'oubliez pas qu'un nourrisson peut très faire de l'eczéma à cause d'une allergie à un aliment qu'il n'a pas encore consommé, du fait d'une sensibilisation dans l'utérus de la maman. Cela surprend souvent les parents d'apprendre que leur bébé est allergique à l'oeuf alors qu'il n'en a encore jamais mangé.]

(1) il apparaît dans les recherches fondamentales :
- qu'il existe des gènes différents pour le "terrain atopique", pour la production des IgE et pour l'asthme ;
- qu'il y a plusieurs gènes différents pour chaque "fonction" ;
- qu'ils interagissent entre eux, mais sans qu'on sache comment, car ils ne sont pas identifiés de manière précise.
Nous ne disposons donc pas de moyen de faire un diagnostic génétique de l'atopie, de l'allergie ou de l'asthme.

(2) je rappelle que les tests cutanés sont très facilement réalisable chez le nourrisson dès 3 mois et sont souvent plus fiables que les dosages d'IgE à cet âge.

Voici les conseils communément admis pour l'introduction des aliments chez un nourrisson à risque atopique, c'est-à-dire pouvant présenter un risque d'allergie mais sans qu'une allergie ait été encore décelée (enfant avec une dermatite atopique, antécédents d'allergies chez les parents ou les frères / soeurs plus âgés ...). Le maître-mot est :

Retarder la diversification et introduire les aliments à risque un par un pour vérifier la tolérance.

Si possible, ne commencez pas l'introduction d'un aliment à risque le soir, afin d'éviter qu'une réaction allergique se produise pendant que tout le monde dort...

Si une allergie existe chez le nourrisson, il faut évidemment supprimer l'aliment incriminé.

Ces conseils sont d'ordre général et doivent être affinés avec le médecin en fonction de chaque cas. Ils peuvent notamment entraîner des carences qu'il convient alors de compenser.

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